De tous les combattants de la liberté qui ont survécu à la
révolution algérienne, dont nombreux sont dignes du plus grand respect,
particulièrement ceux qui ont été enfouis sous les cendres de l'oubli, et de
l'ingratitude, j'ai toujours eu une admiration infinie pour le Docteur Mohamed
Lamine Debaghine. Politicien de haute tenue, il a été de tous les combats. Il
s'est dévoué corps et âme pour la libération du pays. A l'indépendance, il a
été nommé Ministre des Finances, dans le premier Gouvernement algérien. Il n'y
fera pas long feu. Son intransigeance, sa rigueur et son patriotisme
pointilleux ne lui laisseront pas d'autre choix que de se plier à l'ignominie
rampante, ou à la démission. Il opta pour un retrait total.
Lui, le fils de Cherchell alla à El Eulma, qu'il connaissait bien,
y ouvrit un cabinet médical, et s'y consacra à ses patients, et à de nombreuses
activités de solidarité, au profit des nécessiteux. Mais la confiscation de
l'indépendance, et la lente déchéance, qui allait pervertir l'indépendance, au
profit d'une clique, allait le pousser à se refermer encore plus sur lui-même,
sur ses rêves d'une Algérie libérée. Il sortait de moins en moins de chez lui,
puis en arriva à n'ouvrir son cabinet que lorsqu'il avait besoin de subvenir à
ses modestes besoins. Il ne recevait plus personne, et ne sortait que pour
aller faire quelques provisions, et acheter des livres. Il était devenu une
sorte d'ermite. Jusqu'à sa mort, presque dans l'anonymat.
Je n'oserais jamais me comparer à cet homme, à ce géant
d'intégrité, dont les principes d'acier confinaient à une sorte
d'ascétisme moral. Mais souvent, en des circonstances très dures,
particulièrement dans des moments de grande déception, ou de pression
intenable, j'ai eu les mêmes penchants pour la retraite et l'oubli.
Petit militant de petite envergure, j'ai toujours essayé de me
ranger du côté des opprimés et des déclassés, par ce régime prédateur. Je n'ai
jamais estimé, de la plus petite façon, que j'avais un quelconque mérite dans
la modeste activité de militant du peuple que je menais. Ce n'est pas de la
fausse modestie de ma part que d'affirmer cela. Je le pense très sincèrement.
Tout ce que j'ai pu faire pour mon peuple, quelques articles et quelques
vidéos, sont à l'action des vrais combattants ce que le moucheron est au
mastodonte. J'en ai une vraie conscience.
Mais, contrairement à ce qui peut paraître, je suis bien plus
fragile que je ne parais. Il suffit souvent de bien peu parfois, pour que ma
volonté toute entière s'effondre et se disloque, comme un château de sable sous
une pluie battante. Particulièrement lorsque mes compatriotes me déçoivent.
Lorsque je les vois se déchirer, sombrer dans le caniveau, pour de bien
pitoyables ambitions, ou pire encore, lorsqu'ils se transforment en machine de
guerre du régime, souvent à leur insu, sans même qu'ils se rendent compte du
mal qu'ils font à leur malheureux pays.
J'ai donc, à plusieurs reprises, tout laissé tomber, et j'ai, à
chaque fois annoncé à mes amis que cette fois-ci ma décision était irrévocable.
J'ai fermé des sites, des chaînes Youtube, et d'autres espaces d'expression,
qui me permettaient de militer, un tant soit peu. Puis, ulcéré par la
progression du mal, je suis revenu sur mes décisions, et je me suis de nouveau
investi dans la lutte. Mais toujours amoindri, blessé, traînant ma volonté
comme un fardeau de plus en plus lourd.
Ce que je peux dire, à ma décharge, dans mon modeste militantisme, est que je n'ai jamais compté mon temps, ni mes maigres moyens financiers, ni même tenu tenu compte des enaces qui pesaient sur ma famille. Depuis que je suis en France, huit longues années, je n'ai vécu que pour ma patrie meurtrie. Je ne l'ai jamais dit à quiconque, mais je continuais d'avancer, au moment où je tremblais pour mes enfants restés au pays. Pour mes frères et soeurs, pour ma mère, et pour toute ma famille.
Et si je mérite un quelconque compliment, pour ce devoir que j'ai accompli, si peu de chose, c'est que je n'ai jamais eu la moindre prétention personnelle, aucun autre objectif que celui de voir mon pays enfin libéré du joug de l'oppresseur.
Ma meilleure récompense aurait été de pouvoir enfin rentrer chez moi, de revoir enfin mon fils que je n'ai pas rencontré depuis huit longues années, mes petits enfants que je n'ai jamais vus, de jouir de ma petite retraite, de mettre mon bleu shangaï, d'aller retrouver mes amis dans le café populaire que je fréquentais, de faire un grand tour d'Algérie une randonnée dans mon Aurès natal, un séjour au Sahara que j'aime tant.
Voilà toute mon ambition. Et voilà tout ce que j'aurais voulu.
Aujourd'hui, en ce moment même, je suis dans cet état d'esprit du Docteur Debbaghine, rabi yerhmou, de tout plaquer, de ne plus jamais m'investir dans un quelconque militantisme. Sans considérer toutefois que mon absence puisse avoir le moindre impact sur la suite des évènements. Et deux citations de notre terroir me viennent spontanément à l'esprit: "Ya dekhel masr mennek oulouf" et " "hadha jahd errouah".
Je voulais vous dire cela mes chers compatriotes qui me faites l'honneur de visiter ma page. Et je voulais aussi vous remercier pour la confiance que vous m'avez toujours témoignée, pour vos encouragements amicaux, pour votre indulgence à mon endroit.
Ce que je peux dire, à ma décharge, dans mon modeste militantisme, est que je n'ai jamais compté mon temps, ni mes maigres moyens financiers, ni même tenu tenu compte des enaces qui pesaient sur ma famille. Depuis que je suis en France, huit longues années, je n'ai vécu que pour ma patrie meurtrie. Je ne l'ai jamais dit à quiconque, mais je continuais d'avancer, au moment où je tremblais pour mes enfants restés au pays. Pour mes frères et soeurs, pour ma mère, et pour toute ma famille.
Et si je mérite un quelconque compliment, pour ce devoir que j'ai accompli, si peu de chose, c'est que je n'ai jamais eu la moindre prétention personnelle, aucun autre objectif que celui de voir mon pays enfin libéré du joug de l'oppresseur.
Ma meilleure récompense aurait été de pouvoir enfin rentrer chez moi, de revoir enfin mon fils que je n'ai pas rencontré depuis huit longues années, mes petits enfants que je n'ai jamais vus, de jouir de ma petite retraite, de mettre mon bleu shangaï, d'aller retrouver mes amis dans le café populaire que je fréquentais, de faire un grand tour d'Algérie une randonnée dans mon Aurès natal, un séjour au Sahara que j'aime tant.
Voilà toute mon ambition. Et voilà tout ce que j'aurais voulu.
Aujourd'hui, en ce moment même, je suis dans cet état d'esprit du Docteur Debbaghine, rabi yerhmou, de tout plaquer, de ne plus jamais m'investir dans un quelconque militantisme. Sans considérer toutefois que mon absence puisse avoir le moindre impact sur la suite des évènements. Et deux citations de notre terroir me viennent spontanément à l'esprit: "Ya dekhel masr mennek oulouf" et " "hadha jahd errouah".
Je voulais vous dire cela mes chers compatriotes qui me faites l'honneur de visiter ma page. Et je voulais aussi vous remercier pour la confiance que vous m'avez toujours témoignée, pour vos encouragements amicaux, pour votre indulgence à mon endroit.
Ici s'arrête le chemin que j'ai entrepris avec vous. Mais nous ne
nous quitterons pas pour autant. Je continuerais à m'informer sur la situation
dans mon pays, avec la distance que requiert la retraite, mais où l'amour de
mon pays ne sera jamais absent.
Place aux jeunes maintenant, qui piaffent d'une légitime
impatience.
Je sais qu'ils seront à la hauteur des défis qui les attendent.
Je sais qu'ils vaincront.
Je souhaite seulement qu'ils garderont toujours en mémoire que la
générosité d'âme est la noblesse à l'état pur.
Je formule le vœu que leurs pas seront assurés, et que leur route
sera lumineuse. L'aurore est pour demain nchallah.
Puissions-nous trouver le bonheur et le centre de nous même.
Je laisse cette page ouverte pour quelques jours encore, le temps
que tous nos amis lisent ce message.
Merci à tous, mine samim el guelb. L'Algérie vivra.
Votre frère,
Djamaledine Benchenouf



